Projet Associatif

Ce Projet Associatif, dont la version définitive a été approuvée le 20 mars 2014 par le Conseil d’Administration, a été validé par notre Assemblée Générale du 22 avril 2014. Il est le fruit d’un travail mené par un groupe composé de 5 administrateurs dont les membres du Bureau, 3 représentants des salariés dont le directeur, et un parent d’élève.

Pour animer ce groupe, nous avons fait appel à un consultant extérieur, AT-Conseil. L’aide a été précieuse et de grande qualité pour mener à bien l’élaboration de ce projet sur près de 10 mois. Nous avons particulièrement apprécié la richesse, la franchise et l’ouverture des échanges lors de nos rencontres et nous tenons à en remercier très chaleureusement tous les acteurs.

Ce Projet Associatif, dans son fond et dans sa forme, est le reflet de ce que nous sommes : il prend en compte notre histoire pour mieux expliciter notre fonctionnement actuel. Il constitue également pour nous une véritable « feuille de route », outil indispensable pour nous projeter dans le futur et continuer à faire vivre et évoluer notre Association.

 

Pour le Bureau, Claude Brun, Président
De l’Association Plein vent Surdité

L’association se donne pour mission de contribuer, par tout moyen adapté, à l’intégration des personnes sourdes dans la société.
Pour ce faire, nous voulons travailler :

  • au développement des capacités des personnes sourdes à s’intégrer dans la société pour y développer de façon autonome et responsable, leur projet de vie,
  • à une meilleure compréhension et prise en compte par la société des difficultés et besoins spécifiques des personnes sourdes pour faciliter leur intégration.

Cette mission nous a conduits prioritairement à porter juridiquement, gérer et assurer la pérennité d’établissements qui offrent un accompagnement adapté (éducatif, pédagogique, médical et paramédical) aux besoins des enfants et jeunes sourds pour leur permettre de se développer et de préparer dans les meilleures conditions possibles leur vie sociale et professionnelle.

Cette mission nous invite à être attentifs à l’évolution des besoins des personnes sourdes, quels que soient leurs âges, et de leurs familles, et aux conditions de leur vie dans la société pour imaginer et engager des actions de sensibilisation, d’éducation, de formation, d’accompagnement des personnes et des institutions qui concourent à une meilleure intégration des personnes sourdes dans la société.

Nous souhaitons faire évoluer notre association et nos actions pour contribuer de façon toujours plus pertinente à l’intégration des personnes sourdes (enfants et adultes) dans la société en tenant compte des évolutions de notre environnement ; ce qui implique de :

  • Dynamiser notre vie associative pour en assurer la pérennité, en accroître la représentativité et la capacité d’action,
  • Améliorer notre présence et notre visibilité dans les réseaux concernés par notre projet,
  • Travailler à une meilleure prise en compte des besoins des personnes sourdes de notre territoire,
  • Adapter nos actions actuelles au regard de l’évolution des besoins et du contexte,
  • Garantir une gestion de notre personnel, du patrimoine et des finances cohérente avec nos valeurs.

Le règne de Napoléon 1er se termine, et la ville de Saint-Étienne se prépare à connaître une forte expansion; elle va doubler sa population en 30 ans et la quadrupler bien avant la fin du siècle. Nous sommes en 1815, un an avant la création de l’École des Mines, 8 ans avant l’ouverture de la première ligne de chemin de fer, car le train est né dans la Loire. La région Stéphanoise vit depuis longtemps du textile et de l’armurerie; c’est le charbon qui va lui assurer un développement spectaculaire.

C’est au cours de cette année 1815, qu’une personne sourde, David COMBERRY, tailleur, crée une école pour les sourds-muets à la demande du maire de Saint-Étienne. Cette école est mixte. Il la dirige pendant 9 ans avec son épouse, avant d’aller créer une autre école à Lyon où il crée également une Maison pour ouvriers sourds-muets.

Vers 1824, le relais est pris par un autre directeur, Mr DANIEL. Puis l’école est fermée 5 ou 6 ans plus tard. En 1828*, la congrégation des Sœurs St Charles crée une école de filles sourdes -muettes qui n’existe plus à ce jour. En 1831, l’école de sourds-muets de Saint-Étienne resurgit, grâce à la ténacité de Marguerite MIRANDON qui la dirige jusqu’à son décès, en 1842.

En 1843, les Frères des Écoles Chrétiennes, congrégation créée par Jean-Baptiste de la Salle, prennent le relais et vont œuvrer à l’intégration des jeunes sourds par le moyen de la scolarisation et de la formation professionnelle. Arrivés à Saint-Étienne en 1805, ils ont créé 19 écoles dans la ville, au cours des décennies suivantes.

En 1854, l’Institution des Sourds Muets quitte le quartier Jacquard, pour s’installer sur son site actuel au 40 rue Franklin. A partir de 1854, l’Institution prend un essor remarquable. Les bâtiments sont agrandis. Vers 1860, des formations professionnelles sont créées: reliures, cordonnerie, serrurerie, habillement. En 1870, on compte 104 élèves.

L’Institution traverse les turbulences causées par l’affrontement entre les partisans de la méthode orale et ceux de la langue des signes dans l’enseignement des sourds-muets qui tourne à l’avantage des premiers, en 1880, au Congrès de Milan. L’année suivante, la langue des signes est interdite en France dans l’enseignement. Cette interdiction sera levée progressivement un siècle plus tard. Une place officielle lui est donnée à partir de 1991. La loi du 11 février 2005 reconnaît la langue des signes comme une langue à part entière.

En 1904 une association est créée sous la dénomination « Sourds-muets et aveugles de Lyon » pour gérer l’Institution de Saint-Étienne. L’Institution participe en 1925 à la création de la Fédération nationale pour l’Insertion des personnes Sourdes et des personnes Aveugles en France – F.I.S.A.F., dans laquelle les institutions pour sourds se regroupent et s’organisent.

* Circulaire de l’Institut Royal des Sourds Muets de Paris – 1832

Le 3 décembre 1965, l’association devient « Institution des jeunes sourds » et son siège social est transféré de Lyon à Saint-Étienne. Vers 1975, les premières intégrations scolaires de nos élèves sont réalisées. Elles ont lieu au Lycée Sainte Barbe, voisin immédiat de l’Institut. Elles permettent aux élèves de suivre une formation technique, après le collège.

En 1990, les Frères quittent ce qui est devenu l’Institut Plein Vent. Un seul d’entre eux reste dans l’équipe jusqu’en 1995, assurant l’audiométrie. Le dernier Frère directeur, Jean FAVRE aura exercé ses fonctions pendant 27 ans. Dans la même période les Frères structurent le réseau Lasallien.

En 1993, le Service de Soutien à l’Éducation Familiale et à l’Intégration Scolaire – S.S.E.F.I.S – est créé. Il permet aux enfants sourds de continuer à fréquenter l’école de leur village ou de leur quartier, puis le collège, en intégration individuelle. Le service leur apporte l’accompagnement nécessaire. Il est aussi un appui pour les parents, et pour les enseignants qui accueillent un enfant ou un jeune sourd dans leur classe.

En 1995, les classes de niveau collège s’intègrent à un collège de Saint-Étienne, le collège du Puits de la Loire. En 1999, la première classe réunissant des enfants entendants et sourds est créée, dans une école primaire de la ville, l’école Sévigné.

Depuis 2000, pour mieux prendre en compte les demandes et les besoins des enfants et des jeunes sourds et de leurs familles, nous avons :

  • développé l’activité thérapeutique,
  • diversifié les modalités d’accompagnement du SSEFIS,
  • accru le nombre de bénéficiaires du SSEFIS et du Service de suite,
  • diversifié les formations professionnelles,
  • mis l’accent sur le développement des activités hors des murs de l’Institut pour favoriser l’intégration,
  • engagé très tôt une coopération fructueuse avec l’Éducation Nationale pour promouvoir l’intégration des enfants sourds dans le système scolaire,
  • travaillé dans l’esprit des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens bien avant que la loi ne les impose en 2005,
  • déployé notablement l’utilisation de la langue des signes et du codage LPC (Langage Parlé Complété).

Sur ce dernier point, qui a fait l’objet de vives controverses pendant deux siècles, impliquant le législateur, notre association a toujours adopté une attitude pragmatique et modérée, considérant qu’il faut utiliser tous les moyens possibles pour favoriser la capacité de communication des enfants sourds. Notre expérience valide ce choix.

Héritière de deux siècles d’histoire au service de l’éducation et de la formation professionnelle des enfants et jeunes sourds, notre association a éprouvé sa foi dans la capacité de toute personne à se développer, quel que soit son handicap, pour peu qu’elle puisse bénéficier d’une pédagogie et d’un accompagnement adaptés.

Actrice de cette histoire et des évolutions et innovations qui l’ont marquée, notre association se réjouit de tout ce qui a été fait dans la société pour favoriser l’intégration des personnes sourdes. Mais elle mesure aussi tout le chemin qui reste à faire, combien le monde de la surdité est encore peu et mal connu, combien il est encore traversé de courants dogmatiques difficiles à faire collaborer. Nous constatons au quotidien que les parents d’enfants sourds peuvent se trouver très démunis, que les jeunes sourds peinent à trouver leur place dans un environnement professionnel difficile et un monde en changement profond et rapide.
Loin de nous décourager, ces difficultés nous mobilisent. Nous avons appris de notre histoire la vertu du travail en équipe, de la ténacité dans l’adversité, de l’imagination et de la volonté pour repousser les limites du possible.

De nos racines Lasalliennes, nous avons le souci de porter une attention prioritaire aux jeunes qui ont le plus de difficultés. Elles nous font regarder l’éducation comme une œuvre collective, portée par une communauté éducative qui respecte l’histoire et les convictions de chacun.

Dans cette communauté éducative dont l’enfant ou le jeune est le centre, les parents sont considérés comme de véritables partenaires, et la pluridisciplinarité s’impose comme une évidence, de même que le travail en partenariat.

Cette culture, commune aux bénévoles et aux salariés de l’association, sous-tend nos engagements professionnels et militants au service de l’intégration des personnes sourdes. Elle nous pousse à offrir le meilleur pour la réussite et l’épanouissement des jeunes que nous accompagnons. Elle nous fait souhaiter que tous les enfants sourds puissent bénéficier d’un accompagnement de cette qualité et refuser que certains en soient privés par « manque de place ». Elle nous donne envie d’aller de l’avant, en fidélité à notre histoire et à nos fondateurs.